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APPROCHE DE LA CHARITÉ

L'accomplissement ou le non-accomplissement effectif d’oeuvres charitables constitue un test fort intéressant, permettant de juger la validité de la spiritualité professée par certains.

En effet, il est des personnes qui se considèrent comme spirituellement évoluées parce qu'elles ont lu de multiples ouvrages et pratiqué un ensemble de disciplines contemplatives ; mais si on leur propose d'aider les gens dans le besoin, si on touche à leur portefeuille, elles se dérobent prestement tout en se justifiant par divers arguments.

Les arguments importent peu, car le mental est suffisamment habile pour justifier ou excuser n'importe quoi. Ce qui compte ce sont les faits, et les faits sont les suivants : ces personnes n'apportent aucune aide charitable à autrui.
Bien plus, sollicitées de le faire, comme elles le sont par exemple dans ce texte, elles refusent de s'exécuter concrètement.

Observez les réactions de votre mental en lisant ce que nous écrivons. Si vous ne pratiquez aucune bienfaisance active, si vous sentez devant l'injonction : « Soyez charitable », une obscure résistance, un refus obstiné et délibéré, prêt à utiliser divers arguments pour se justifier. Si vous sentez cela, vous pouvez vous inquiéter sur la validité de votre spiritualité.
Le refus d'être concrètement charitable prouve que le noyau de votre ego demeure bien solide ; et en ce cas toute réalisation spirituelle demeure aléatoire.

L’ego adore les spiritualités décoratives, permettant à peu de frais de se donner une bonne opinion de lui-même.

Le mental peut jouer avec tout un ensemble de notions spirituelles. Cultivant l’expression mentale de ces notions, il se donnera l'illusion d'être spirituellement très évolué. Il aimera tous les hommes, il sentira son unité avec eux, et avec le cosmos. Mais si on lui propose d'aider concrètement autrui, ça ne l'intéresse pas.

Ainsi la charité active constitue une pierre d'achoppement, nous permettant de juger la validité de certaines belles déclarations, pensées ou sentiments. Si vous refusez de traduire en acte ce que vous prétendez ressentir, cela prouve indubitablement que ce que vous ressentez n'est pas authentique. Il s’agit d'une contrefaçon de l’ego.

Si vous sentez une résistance intérieure, s'il y a en vous quelque chose qui refuse de sacrifier du temps et de l'argent pour aider les déshérités, analysez lucidement la nature de cette résistance, observez-la quand elle se manifeste, et vous découvrirez au fond du mental un égoïsme profond et viscéral. Au cas où vous auriez compris que la réalisation spirituelle nécessite l’effacement des structures égotiques ; vous savez désormais que la charité concrète est une aide précieuse sur le chemin de la réalisation.

Une telle manière de parler de la charité peut sembler paradoxalement égoïste.
Mais c’est volontairement que nous la préférons, car l'ego peut également s'enfler avec une facilité grandiloquente sur le thème : « Je suis généreux, j'aide les autres ». En fait, il s'agit là d'un autre type de piège.
L'égoïsme est la manifestation d'un ego fermé, replié sur lui-même. L'altruisme est la manifestation d'un ego gonflé, rayonnant, pharisaïque. Certes, nous préférons les ego altruistes aux ego égoïstes, mais notre but demeure d'effacer l'ego. Les redondances altruistes n'ont aucun rapport avec l'effacement. Elle fortifie l'ego au même titre que l’égoïsme, quoique d'une manière inverse.

C’est pourquoi nous vous disons : abandonnez l'égoïsme et abandonnez l'altruisme.
Refusez à l’ego le repliement sur lui-même et la conservation de l'avarisme. Mais refusez-lui également le gonflement orgueilleux de celui qui se dit, et se prouve à lui-même qu'il est généreux et altruiste.

Si vous dites : « Je pratique la charité pour casser mon ego », vous avez une juste vision des choses. Sachant que tout bien que l'on fait aux autres, c’est une bénédiction qui retombe sur nous. Nous ne sommes pas égoïstes puisque nous donnons ; mais nous ne tombons pas dans le piège des théories et des sentiments altruistes.

Une telle attitude sera valable aussi longtemps que votre coeur ne sera sas ouvert. C’est lorsque le coeur est ouvert qu'apparaît la vraie charité.
Lorsque le coeur est ouvert, l'égoïsme est détruit et les théories altruistes ne sont pas utilisées. Nous aidons les autres naturellement, spontanément, parce que leur souffrance est notre souffrance. Ne pas les aider serait pour nous une terrible privation.

De nombreuses personnes négligent les fondements de la vie spirituelle, et c’est pourquoi leur élévation vers les sommets reste inconstante et problématique. La charité active et concrète constitue une base indispensable à toute progression spirituelle.

Combien ne voit-on pas de faux ésotériques au coeur fermé qui négligent complètement l'action charitable. Certains vont même jusqu'à y voir une activité inférieure, bonne pour les profanes.

Quelle stupidité ! Si votre ego ne se casse pas, vous ne comprendrez jamais le premier mot de la Réalité ésotérique.

Par la charité l’ego se casse, et le coeur libéré de sa carapace s'ouvre.
Cependant, la vraie charité provient spontanément de l'ouverture du coeur. Ceci n'est point paradoxal. Nous commencerons par une charité volontaire et imparfaite, qui ouvrira notre coeur ; pour ensuite connaître une charité parfaite et spontanée, qui résultera de cette ouverture.

La charité est donc tout à la fois moyen et conséquence de l'ouverture du coeur.

Multiples sont les organisations humanitaires et charitables auxquelles vous pouvez participer. N'attendez donc pas. Concrètement - ponctuellement - mensuellement - aidez les autres dans la mesure de vos moyens, par des dons financiers et du bénévolat.

Si vous ne faites pas cela, la spiritualité n'est pour vous qu'une théorie.
Lorsque votre charité deviendra effective quelles en seront les limites ?
Car il faudra lui donner des limites. Ne peut se permettre une charité sans limites que celui qui renonçant au monde ne garde pour lui que le strict nécessaire pour manger et se vêtir.

Une vocation intra-mondaine ne peut s’accommoder d'une telle perspective. Il ne s’agit pas d'être moins charitable. Il s'agit d'une charité différente.
Votre charité doit obéir à un certain ordre. L'édifice social, tout édifice social, est fondé sur un ordre. Si vous acceptez le monde et demeurez en lui, votre action dans son ensemble, et donc vos actes de bienfaisance, doivent également obéir à un ordre prédéterminé.

L'ordre auquel doit se soumettre la charité est celui des devoirs. Pour celui qui demeure dans le monde, il y a trois cercles concentriques de devoirs. Au centre et en premier lieu se situe les devoirs envers soi-même, en second les devoirs envers la famille, et ensuite les devoirs envers l'humanité.

« Charité bien ordonnée commence par soi-même ». C'est une fausse charité qui fait dire avec un attachement et une humilité souvent hypocrite : « Alors je passe en dernier ». Vous devez passer en premier. Ne pas comprendre cela, c'est ne pas savoir pourquoi vous êtes né.

Vous êtes venu sur terre pour faire descendre la lumière dans le véhicule physique et psychologique, dans lequel et par lequel vous vous incarnez.
Ceci est un premier point qu'il importe de comprendre d'une manière exhaustive.

Votre premier devoir et votre première charité doivent s'exercer vis-à-vis de cet homme dans lequel vous êtes incarné.

Ce véhicule humain est quelque chose d'impur, de vil. Et l'ignorant. Il faut donc l'instruire et le purifier. Il s'ensuit que le premier devoir de tout homme consiste à se réaliser spirituellement. Il s'agit d'un devoir essentiel. C'est principalement pour accomplir ce devoir que vous êtes venu sur terre.
La charité envers le véhicule humain doit s'exercer selon trois degrés hiérarchiques. Le premier et le plus élevé de ces degrés est celui de la réalisation spirituelle. Le deuxième degré celui de l’épanouissement psychologique. Le troisième degré concerne la santé physiologique.

Telle est la triple compréhension qui doit régir la charité exercée envers le soi-même humain. En premier la réalisation spirituelle. Rien ne doit se substituer à cet impératif. Tout ce qui s'y oppose doit être éliminé.

L'épanouissement psychologique doit être subordonné à la réalisation spirituelle. Il ne doit pas y avoir confusion des valeurs : il ne faut pas s'imaginer qu'une certaine créativité artistique, par exemple, constitue la réalisation spirituelle. La réalisation spirituelle relève du domaine de la conscience, l'épanouissement psychologique relève du domaine de l'action. La Réalisation spirituelle est une prise de conscience inactive. Bien que l'aboutissement spirituel soit une prise de conscience inactive, le cheminement spirituel, qui s'effectue par l'accomplissement un ensemble de lectures, de dialogues, d'exercices contemplatifs ou autres, relève également du domaine de l'action.
L'épanouissement psychologique consiste à réaliser notre, ou bien nos vocations temporelles, elles-mêmes déterminées par nos prédispositions et aspirations personnelles. Accomplir tel ou tel travail, réaliser telle ou telle étude, fonder un foyer, cultiver tels ou tels types de relations humaines, se livrer à telle ou telle activité culturelle, littéraire ou artistique, etc. Tout cela relève des vocations individuelles. De telles activités sont indépendantes de la Réalisation spirituelle. La Réalisation spirituelle concerne l'état de conscience avec lequel nous nous livrons à ces activités.

La subordination de l'épanouissement psychologique à la réalisation spirituelle est double. D'une part, les activités contribuant à l'épanouissement psychologique ne doivent jamais empiéter sur le temps qui doit être réservé à la recherche de la Réalisation spirituelle. L'ordre des valeurs existentielles devant être respecté.
D'autre part, le degré de Réalisation spirituelle orientera et imprégnera nos choix existentiels.

Votre premier but dans l'existence en général et dans le contexte de chaque journée doit être de vous Réaliser spirituellement. La recherche concrète de ce premier but, qui constitue la plus haute charité que l'on puisse exercer vis-à-vis du véhicule humain,étant établi et enraciné dans l'existence quotidienne, l'ensemble de vos activités doit tendre vers l'épanouissement psychologique.

La recherche de l'épanouissement psychologique consiste à essayer, dans la mesure du possible, à permettre à l'homme d'accomplir les aspirations qui lui sont chères. Cette recherche de l’épanouissement psychologique déterminera : le style de vie que nous mènerons, le genre de travail que nous accomplirons, la manière dont nous organiserons nos loisirs.
Tout ceci s'effectuera dans la mesure du possible, et dans la mesure où nos aspirations sont raisonnables, saines et positives.
Il faut bien comprendre qu'en passant de la recherche de la Réalisation spirituelle à celle de l'épanouissement psychologique, nous sommes descendus du domaine des choses primordiales, a celui des choses contingentes et relatives.

Voici pourquoi la réalisation spirituelle doit s'effectuer à tout prix ; tandis que l'épanouissement psychologique doit être recherché dans la mesure du possible.

Le dernier degré de la charité envers le soi-même-humain, c'est-à-dire ce que nous sommes en tant que manifestation temporelle, et ceci indépendamment de ce que nous sommes au niveau essentiel et ontologique, le dernier degré de cette charité doit s'exercer vis-à-vis du corps.

Le moi corporel doit être le serviteur du moi psychologique, lequel moi psychologique doit à son tour servir le transcendant, qui constitue la Réalité spirituelle.

Le corps étant l'instrument le plus extérieur, sa soumission à ce qui lui est supérieur doit être totale. Une vie basée sur le boire, le manger, le dormir et le copuler, n'est pas une vie humaine, c'est une vie qui se situe au niveau animal.
La vie devient humaine avec la recherche de l'épanouissement psychologique, qui détermine la création et la connaissance des sciences et des arts. La vie devient surhumaine avec l’Éveil vis-à-vis de la Réalité Divine.
Étant donnée la relation hiérarchique que nous devons établir entre les différents aspects de nous-mêmes, à tout instant le corps doit être prêt à affronter la mort, et à être sacrifié si la défense de la Cause des causes, c'est-à-dire la recherche spirituelle, l'exige.

Le corps est un serviteur, mais il ne doit pas être un esclave. Si la soumission du corps vis-à-vis du spirituel et du psychologique doit être maintenue sans concessions, afin que la satisfaction des besoins corporels ne devienne jamais une préoccupation démesurée, dont l'importance éclipserait, ou reléguerait au second plan, le spirituel ou le psychologique, il n'empêche que la recherche de l'épanouissement physiologique est un devoir.

Le mépris du corps est une erreur commise par de nombreuses personnes animées d'une forte vocation spirituelle ; ainsi que par certaines animées d'une vocation de moindre importance, scientifique ou littéraire par exemple.
Mépriser le corps c'est construire un édifice sur de mauvaises fondations. Le corps insatisfait se venge sournoisement en faisant apparaître de multiples obstacles sur le sentier spirituel. La base doit être en harmonie avec le sommet.
Deux extrêmes sont à éviter : la suprématie des besoins corporels, et la brimade de ceux-ci.

Satisfaire d'une manière raisonnable, et contrôler les besoins du corps au niveau de la nourriture, du sommeil et du sexe, constitue la meilleure politique afin de ne pas être dérangé par les exigences corporelles, et pouvoir consacrer notre vie à l'essentiel, qui est la recherche de Dieu.

Avoir un corps sain et fort c'est être en possession d'un véhicule en bon état. La recherche de la santé corporelle, par la médecine et l'exercice, est évidemment soumise aux impératifs du destin. C'est donc dans la mesure où la chose est possible que nous devons chercher à obtenir un corps solide et sain. Si le véhicule physique est irrémédiablement mauvais, ou devient défectueux, nous nous en contenterons sans lamentations puériles.

Ayant étudié les trois degrés de la hiérarchie au travers de laquelle la charité doit s'exercer vis-à-vis de notre véhicule humain, nous allons maintenant envisager l'exercice de la charité vis-à-vis de notre famille.

Il faut, préalablement rappeler, que la charité que nous exercerons vis-à-vis de notre famille sera subordonnée à la charité que nous devons exercer vis-à-vis de nous-mêmes.
En premier lieu, nous devons être prêts à rompre toute espèce de liens familiaux lorsque ceux-ci constituent un obstacle patent vis-à-vis de la Réalisation spirituelle. Qui n'est pas prêt à quitter ses parents, sa femme et ses enfants pour Dieu ne connaîtra pas Dieu.

Les choses doivent être claires dans votre esprit : le but de votre existence doit être la Réalisation spirituelle, et tout ce qui se dresse devant l'obtention de ce but doit être écarté. Aucune espèce de considération, aucune sensiblerie affective ne doivent vous empêcher d'écarter ce qui constitue un obstacle sur le chemin spirituel.
Si tel n'est pas le raisonnement qui sous-tend votre démarche, vous n’êtes pas un soldat de Dieu, et vous n'entrerez pas dans la citadelle du Soi.
Plus on est faible, plus on est opprimé. Voilà ce que doivent comprendre ceux qui souffrent d'un milieu familial spirituellement défavorable.

Que vos proches se le tiennent pour dit : vous demeurez avec eux dans la mesure où ils n'essayent pas de vous détourner de la quête spirituelle. Par contre, s'ils s'interposent volontairement à la concrétisation de votre démarche spirituelle, vous êtes prêt à les quitter immédiatement, et sans un regard en arrière.
Si votre attitude est ferme et déterminée, vous n'aurez pas de « problèmes familiaux » faisant obstacle à votre spiritualité.

Il est absolument nécessaire que votre famille, si elle ne la partage pas, respecte votre démarche spirituelle. De même d'ailleurs que vous les respecterez s'ils ne s'intéressent pas à la spiritualité. Ce respect doit, en ses manifestations concrètes, inclure votre droit à l'isolement, afin de vous livrer en toute quiétude à la contemplation, et à l'étude d'ouvrages spirituels. Qui ne peut approfondir la spiritualité à cause du milieu familial doit le quitter.

Aucun approfondissement spirituel n'est possible dans un milieu familial hostile à la spiritualité, excessivement bruyant et querelleur. Vous avez droit à des moments de calme, de silence et d'isolement. Organisez donc votre vie familiale en conséquence, ou bien rompez avec cet obstacle.

Votre goût pour l'isolement et le silence ne devra cependant pas être excessif.
Sachez faire la part des choses, et consacrez une partie de votre temps aux rapports familiaux. La voie intra-mondaine est toujours celle du juste milieu.
La charité est indispensable, mais son exercice doit suivre un ordre rigoureux. La charité désordonnée engendre une mortelle confusion. Mettre la charité familiale avant la charité que l'on se doit à soi-même, et qui consiste en premier chef à se Réaliser spirituellement, c'est commettre une faute très grave. Le manque de charité envers la famille est une faute contre les hommes. Nais si, ne voulant pas manquer de charité envers votre famille, vous sacrifiez ou compromettez votre Réalisation spirituelle, vous commettez un péché contre Dieu. C'est la présence Divine qui gît en vous-même que vous tuez, si vous ne vous Réalisez pas spirituellement. La charité ne doit pas être confondue avec la sensiblerie.

La sensiblerie est une pulsion instinctive qui ne connaît point d'ordre. À l'opposé, la vraie charité s'identifie dans son exercice à l'Ordre de l'univers, et dans cet Ordre la suprématie du spirituel sur le temporel et l'humain demeure un principe inaltérable.

Le mal n'est qu'une forme du désordre individuel et Cosmique. Certains ont seulement compris la notion de l'Ordre interne et Cosmique : leur vision du monde et de l'homme est devenue froide. D'autres n'ont compris que l'aspect charité, mais faute de hiérarchiser son expression, ils ont nivelé les choses à partir du bas. La charité c’est la puissance transformatrice qui doit couler à travers les structures de l'Ordre divin, qui est intrinsèque à la création.

Le devoir de charité envers soi-même incluant dans l'ordre hiérarchique : la Réalisation spirituelle, l'épanouissement psychologique et l'épanouissement physique ; et ce devoir ayant priorité sur le devoir de charité envers la famille ; vous devez d'abord penser à vous-même avant de penser aux autres. Voici qui peut paraître étrange à ceux qui croient que la vertu consiste à s’oublier soi-même.
Un peu de réflexion fait comprendre l'absurdité d'une morale et d'une charité, fondées sur l'oubli de soi-même. C'est dans la mesure où l'on possède que l'on peut donner. Ainsi, c’est en vous Réalisant spirituellement que vous pouvez aider autrui à se Réaliser spirituellement. C’est en étant psychologiquement épanoui et équilibré que vous pourrez aider psychologiquement les autres. Et enfin si vous avez un corps solide, celui-ci sera un instrument d'action dynamique et utilisable pour le bien d'autrui.

Ceci dit, tout but est une question d'équilibre. Entre penser à soi-même de manière à accomplir les devoirs que nous avons envers le véhicule humain et penser à soi-même d'une manière excessive, qui néglige autrui et se résume à l'égoïsme, il n'y a qu'une différence de mesure. Cette mesure ne saurait être fixée d'une manière rigide, car la mesure est chose mouvante.

Pour que l'équilibre entre l’accomplissement personnel et les devoirs familiaux trouve un juste milieu, il suffit que soit réalisée une double prise de conscience, englobant à la fois ce que je dois accomplir vis-à-vis du véhicule humain, et ce que je dois apporter à ma famille. Il y a déséquilibre si l'une de ces prises de conscience manque.

Une prise de conscience manque chez ceux qui cultivent la charité erronée de l'oubli de soi-même. Ces personnes là se font absorber, manger, vampiriser. Par le milieu ambiant, qu'il soit social ou familial. Certes, elles ont « très bon coeur », comme on dit communément, mais ce faisant elles commettent un grave péché envers elles-mêmes en ne réalisant pas ce que Dieu attendait d'elle.
Une autre prise de conscience manque quand l'individu se renferme sur luimême, se désintéresse des relations familiales, professionnelles ou amicales. Quand il ne comprend pas que toute acquisition personnelle doit aboutir à un accroissement de notre capacité de don.

Plus nous serons Réalisés spirituellement, plus nous pourrons aider autrui à se Réaliser. Plus nous aurons étudié telle science ou tel art, plus nous pourrons apporter aux autres quelque chose en ce domaine. Tel est le fondement des relations humaines.

Nous devons nous aimer nous-mêmes. Cet amour n'inclura aucune identification limitative vis-à-vis de l'homme, car nous savons que notre Réalité, bien qu'englobant l'homme, le dépasse infiniment. L'homme est nous-même en tant que manifestation temporelle individualisée, mais ce que nous sommes en notre globalité métaphysique, c'est la totalité du Monde manifesté, et la totalité du non-Manifesté.

Si nous ne nous aimons pas, il y a quelque chose d'aigri, de blessé en nous. Il faut être conscient de nos faiblesses et imperfections humaines, mais malgré cela il faut s'aimer soi-même. Il faut nous aimer au niveau de notre manifestation humaine. Si nous ne nous aimons pas nous-mêmes, notre amour pour autrui sera forcément incomplet.

L'amour de soi-même et l'amour d'autrui dépendent l'un de l'autre. C'est un grand et merveilleux mystère : autrui n'est pas fondamentalement différent de nous. Et c'est pourquoi si je méprise quelque chose en moi-même, je le mépriserai chez les autres.

L'orgueilleux n'a aucune difficulté à s'aimer. Il s'aime, car il se surestime. Mais si vous êtes lucide envers vous-même. Si vous avez attentivement observé les pensées et les sentiments du véhicule humain. En un mot si vous marchez sur le sentier de l’Éveil, vous constatez qu'il faut beaucoup d'indulgence pour aimer ce que nous sommes en tant que manifestation humaine.

Par notre observation, par la compréhension et la lucidité qu'elle a engendrées, nous connaissons toutes les faiblesses toutes les imperfections, toutes les mesquineries du véhicule humain. Nous les connaissons et nous essayons d'y remédier. S'aimer soi-même c'est donc accepter la médiocrité humaine, l'accepter totalement avec indulgence et compassion.

Il y a beaucoup d'humilité dans une telle acceptation. Cette humilité est une humilité véritable, elle est véritable, car elle est objective. Nous constatons que nous sommes peu de chose. Et si nous parvenons à aimer la petite chose qu'est cet homme dans lequel nous sommes incarnés, alors il nous sera facile d'aimer tous les hommes.

L'orgueil n'est qu'un masque avec lequel on se dissimule la réalité. Les hommes sont des créatures médiocres et imparfaites. C'est un fait évident. Il suffit de s'observer attentivement pour s'en rendre compte. De cette prise de conscience résulte l'humilité. Comme l'humilité est une chose désagréable pour l'ego, beaucoup de gens sont essentiellement préoccupés par le fait d'essayer de se prouver que dans tel ou tel domaine ils sont supérieurs. Une telle soif de supériorité cache une peur profonde. Cette peur est celle d'une vision objective et lucide de soi-même, en laquelle on se voit tel que l'on est, en la médiocrité qui est inhérente à la nature humaine.

Lorsque vous avez constaté votre médiocrité, deux possibilités s'offrent à vous : vous pouvez vous dégoûter de vous-même et peut-être finir par vous haïr. En ce cas vous ne parviendrez jamais à aimer profondément et généreusement les autres hommes. Car toute cette médiocrité constatée en vous-même vous la retrouverez chez les autres. Vous n'aimerez pas les hommes tels qu'ils sont, vous pourrez tout au plus aimer un homme idéal et inexistant. Vous serez un censeur toujours en train de critiquer et de condamner. La charité ne vous sera pas connue.

L'autre possibilité consiste à vous accepter et à vous aimer tel que vous êtes. Non point sans chercher à évoluer, mais tel que vous êtes véritablement, sans vous confondre avec l’idéal que vous voulez devenir. S'accepter c'est se voir en tant que créature imparfaite, aspirant à la perfection. Cet amour de soi-même qui voit l'homme comme un être en devenir contient une grande indulgence ; indulgence qui n'est pas justification passive de l'inférieur, mais acceptation de l'Ordre évolutif des choses.

Pas de charité sans indulgence. Pas de charité sans compréhension profonde. Les autres sont le miroir de nous-mêmes. Pour aimer les autres tels qu'ils sont, il faut aimer notre propre condition humaine.

Celui qui fixé sur un idéal spirituel, ne s'aime pas lui-même tel, qu'il est, en son imperfection évidente, ne pourra jamais véritablement aimer les autres. S'accepter et s'aimer tel que l'on est, en notre temporaire manifestation humaine, demande une grande indulgence. Plus je me méprise, plus je mépriserai autrui. Tous les défauts que je puis trouver en moi-même, je les retrouverai chez autrui. Si sous prétexte de mon absence de conformité à tel ou tel idéal, je n'aime pas l'homme que je suis en ma manifestation temporelle, mon absence d'indulgence, qui n'est qu'une conséquence de mon absence d'amour rejaillira sur autrui. Je serai toujours prêt à critiquer, sermonner et réformer autrui : aimer, c'est aimer l'autre tel qu'il est.
Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas aider autrui à évoluer. Cela signifie que toute aide efficace présuppose la compréhension, et l'acceptation de ce qu'il est, au niveau de ses caractéristiques individuelles.

Notre amour familial sera donc teinté de compréhension indulgente. Il n'est pas question d'être une espèce de despote religieux qui impose aux autres sa spiritualité. Dans la famille comme ailleurs l'enseignement ne doit être donné qu'à ceux qui cherchent. Vouloir convertir, c'est manquer de respect et d'amour vis-à-vis d'autrui.

Bien qu'elle soit dépourvue de toute volonté de conversion forcée, notre charité familiale obéira au même ordre hiérarchique que la charité envers nous-mêmes.
Notre premier devoir charitable envers les membres de notre famille consiste à enseigner spirituellement ceux qui présentent des prédispositions spirituelles.
Vis-à-vis des enfants cela veut dire : dans la petite enfance, les ouvrir à la dimension spirituelle, et par la suite respecter les caractéristiques de leur individualité, en enseignant ceux qui le désirent et en laissant les autres tranquilles.

Notre second devoir charitable envers les membres de notre famille se rapportera à l'épanouissement psychologique. Ce qui signifie chercher, dans la mesure de nos moyens, à les aider à épanouir leurs virtualités positives.
Notre troisième devoir charitable envers les membres de notre famille concernera l'épanouissement physiologique : soins, nourriture, etc.

Le même ordre hiérarchique sera respecté vis-à-vis de l'ensemble de l'humanité.
En premier lieu, nous devons nous préoccuper de l’épanouissement spirituel de l'humanité. L'accomplissement de ce devoir oblige toute personne ayant reçu un enseignement spirituel à le transmettre à d'autres, ou bien si elle n'en est pas capable, a aider ceux qui le transmettent. Étant donné que cette transmission est une manifestation de charité, il ne saurait être question de faire payer un enseignement spirituel. La commercialisation du spirituel est une des abjections de notre époque, qu'il faut dénoncer avec toute la vigueur requise.
En second lieu, nous devons nous préoccuper de l'épanouissement psychologique de l'humanité. Ce qui signifie qu'il faut favoriser les structures sociales permettant l'épanouissement des potentialités humaines positives. À cet égard, observons que toute espèce de dictature, qu'elle soit capitaliste, marxiste ou religieuse, a pour caractéristique de brimer l'expression de tout un ensemble de vocations humaines positives, et ceci au nom d'une idéologie bornée.
En troisième lieu nous devons nous préoccuper du confort physiologique. Ce qui inclut une juste répartition de la nourriture, des soins, de l'éducation, etc.
Le fait qu'une partie de l'humanité s'accapare la richesse, tandis qu'une autre est sous-alimentée, constitue une honte qui pèse lourdement sur l'humanité.
Qui n'essaye pas, dans la mesure de ses moyens, d'aider les pays sous-développés fait de son coeur une pierre. Si ensuite cette personne parle de spiritualité, il s'agit d'une plaisanterie inconsciente.

L'amour envers l'humanité nous entraîne à participer à la politique. Et l'on peut dire que tout spiritualiste s'enfermant dans une tour d'ivoire apolitique manque tout simplement de charité. Ceci indépendamment de certaines vocations particulières, et pourrait-on dire spécialisées.
La bassesse de nombreux leaders politiques n'est pas une excuse, car meure si l'on doit choisir entre plusieurs mauvaises solutions, il y aura toujours une solution moins mauvaise que les autres.
Notre charité ne pouvant se limiter à l'espèce humaine débordera sur la création tout entière. Elle s'exercera également vis-à-vis des animaux. Comment ne pas se préoccuper des conditions de vie de nos frères inférieurs ! Elle s'épanchera également vis-à-vis du règne végétal, et de l'ensemble de la nature.
Il est exact que la vie s'entretient grâce à la mort, et que nous devons tuer des plantes et des animaux pour survivre. Toute sensiblerie à cet égard n'est que faiblesse. Mais par ailleurs toute souffrance inutilement exercée sur un animal et une plante est un crime.

La manifestation concrète de notre charité globale et affective, doit se concrétises par des actes, du temps et de l'argent.
La charité doit s’exercer envers notre manifestation humaine par des actes concrets. Nous devons consacrer du temps, et l'argent nécessaire,pour notre Réalisation spirituelle, notre épanouissement psychologique, et l'entretien de notre corps.
La charité doit s'exercer envers notre famille par des actes concrets. Nous devons consacrer du temps, et l'argent nécessaire, pour aider les membres de notre famille à se Réaliser spirituellement, à s'épanouir psychologiquement, et à donner à leur corps les soins nécessaires.

La charité doit s'exercer envers l'humanité par des actes concrets. Nous devons consacrer du temps et de l'argent à la contribution de l'épanouissement spirituel, psychologique et physique, de l'ensemble des hommes.
L'ordonnance de notre charité présuppose qu'en tout domaine la primauté du spirituel soit affirmée.

Primauté du spirituel ne veut pas dire oubli et négligence vis-à-vis des aspects psychologiques et physiques.
L'ordonnance de notre charité présuppose que les devoirs envers l'humanité ou la famille ne prennent jamais le pas sur le devoir envers nous-mêmes. Ainsi les faux dévouements sont éliminés. Qui s'occupe plus de sa famille ou de l'humanité que de lui-même pèche contre son devoir essentiel.
Si l'accomplissement de nos devoirs envers nous-mêmes passe en premier ; les devoirs envers notre famille ont priorité sur les devoirs envers l'humanité dans son ensemble.

Il serait stupide de négliger vos enfants sous prétexte de vous préoccuper du tiers-monde.
L'ordonnance hiérarchique que nous venons d'établir peut à tout instant être pervertie par l'ego. Il est aisé en effet, sous prétexte que les devoirs envers soi-même ont priorité, d'avoir une attitude purement et simplement égoïste vis-à-vis de la famille ou de l'humanité. De même, sous prétexte que la famille a priorité sur l'humanité, il est aisé de justifier n'importe quel égoïsme familial. La lucidité est requise pour dénoncer les pièges de l'ego.
Celui qui aime véritablement ressent l'Ordonnance charitable comme une limitation. Limitation inhérente à la condition humaine. Je ne puis aider spirituellement, psychologiquement, et physiquement qu'un nombre d'hommes limité, car moi-même je possède un véhicule humain limité. Accepter la condition humaine, c'est accepter ses limitations, et accepter l'ordonnance des valeurs qui la caractérise.

Bien que mon premier devoir soit de me Réaliser spirituellement, je ne peux me consacrer exclusivement à cette recherche, car ceci m’entraînerait à négliger mes devoirs envers ma famille et l'humanité.
Bien que mes devoirs envers ma famille priment sur mes devoirs envers l'humanité, je ne puis enfermer mon action charitable dans le cercle étroit de ma famille, et je dois nécessairement aider l’ensemble de l'humanité dans la mesure de mes moyens.

L'application de l’ordonnance charitable réside toute entière dans la notion de mesure et d'équilibre. Cette mesure et cet équilibre ne possèdent aucune norme fixe, elle résulte d'une création permanente au sein de chaque journée.
Pour qui s'exerce à la charité, la vie entière dévie en tous ses aspects, une expression de charité. Ainsi se réalise l'adage selon lequel : « L'amour seul doit motiver nos actes ».

Si l'Amour n'est pas ordonné par la Raison, son expression risque de dégénérer en simple sensiblerie, et de s'emprisonner dans les identifications et possessions égotiques.

Quel rapport tout ceci a-t-il avec l’Éveil ?

L’Éveil ne se situe pas au niveau de l'action. Par contre, charité envers soi-même, la famille et l'humanité elle relève du domaine de l'action.
Nos actes doivent résulter d'une harmonie entre l'Amour et la Raison. Quant à l’Éveil, il concerne l'état de conscience en lequel les actes sont accomplis.
Plus notre Éveil sera intense, profond et constant ; plus il s'emparera et réagira automatiquement tous les aspects de notre vie. Dès lors Amour et Raison deviennent des instruments d'expression pour l’Éveil.

Ayant commencé par imprégner notre vie d'une charité résultant de l'harmonie entre l'Amour et la Raison, nous parvenons, avec l'avènement de l’Éveil à une charité spontanée.
Étant naturelle et spontanée notre activité cesse de s'appeler charitable. En la Lumière de l’Éveil, nous agissons selon l'inspiration du moment, sans nous poser de question, sans nous donner de règle ou d'obligation. Raison et Amour se sont fondus dans la spontanéité inspirée de l’Éveil.
En notre expérience, nous cessons d'utiliser le concept de charité. Regardant en nous-mêmes nous ne voyons rien qui corresponde à ce que l'on appelle charité. En nous, il y a seulement l’Éveil et la spontanéité qui en découle. C'est tout ; observant notre attitude les gens disent : « Vous êtes charitable ». Mais nous en notre expérience nous ne connaissons aucune formulation de cette motion de charité. La spontanéité est la spontanéité. Toute définition, ou toute cogitation, tendant à déterminer tels ou tels types de spontanéité, détruit la spontanéité. Le chemin ne doit pas être confondu avec son aboutissement. Aussi longtemps que vous n'êtes pas Éveillé, vous êtes sur le chemin. Quand vous êtes sur le chemin : pratiquez la charité. Lorsque vous êtes Éveillé : oubliez le chemin, oubliez la notion de charité, contentez-vous de demeurer en Éveil, et laissez-vous guider par l'inspiration du moment.
Ceci est la suprême reddition du moi au Seigneur.
En son activité, l’Éveillé ne connaît rien qui se rapporte au mot charitable.
Ignorant la vertu de charité, il réalise la suprême charité.
Ceci est vrai pour toutes vertus. Il y a la vertu du « brave homme », qui s'efforce d'être vertueux, qui est conscient de sa vertu ou bien de son manque de vertu. Cette vertu-là est une vertu inférieure.

Par ailleurs il y a la vertu de l’Éveillé, ce dernier ne s’efforce pas d'être vertueux, il n'a conscience de l’expression d'aucune vertu, ni d'aucun péché. Il agit en toute conscience, « comme bon lui semble », parfaitement lucide et attentif il ne fait appel à aucune Règle, aucune norme, aucun principe. Sa spontanéité est une inspiration perpétuelle, et c'est pourquoi lui seul exprime la Vertu supérieure.
Commencez par la vertu inférieure, puis élevez-vous à la Vertu supérieure.

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