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APPROCHE DES PASSIONS

Toutes les doctrines spirituelles déclarent que nous devons nous libérer des passions. Les passions nous enchaînent à la terre, et il faut nous arracher d'une pesanteur qui lie notre âme à la terre. Notre véhicule physique est né de la poussière et doit retourner à la poussière. L'âme passionnelle, attachée aux choses de la terre, est après la mort entraînée dans une désagrégation qui suit à plus ou moins brève échéance la désagrégation du corps. Cette désagrégation est comparable à celle d'une Plante privée d'eau. L'âme psychique ayant pris l'habitude de s'abreuver avec passion des choses de la terre se trouve après la mort privée de ce qui faisait l'objet de son alimentation psychologique. Il ne lui reste que des résidus psychiques qui se manifestent sous forme d'hallucinations, et dont l'intensité va progressivement en décroissant. Ainsi l'homme passionnel, qui mord avec avidité dans les choses de la vie, s'enferme, de par son avidité même, dans le cercle des choses terrestres, et se condamne à la seconde mort, c'est-à-dire à l'extinction progressive de son psychisme au terme de la vie post-mortem.

L'implacable logique du : « pourquoi les choses sont ainsi ? » apparaît clairement à celui qui veut réfléchir quelque peu : Le corps psychique de l'âme par passion elle prit l'habitude de s'alimenter des choses terrestres, se trouve privé de celles-ci au moment de la mort. Malgré cette privation, il ne disparaît pas ainsi que se sont imaginés avec ignorance les matérialistes. Le corps psychique de l'âme passionnelle survit au trépas du corps physique, mais il ne fait que survivre en épuisant peu à peu les réserves énergétiques qui s'étaient accumulées en lui. Étant séparé de la terre par la désincarnation il ne peut plus rien trouver pour s'alimenter au niveau psychique, et peu à peu il s'anémie.

Ces rêveries, ces hallucinations, qui meublent le sursis de la vie post-mortem s'épuisent progressivement. Il devient ce que d'anciennes religions appelaient une larve.
Ses facultés de vision psychique, de sensation psychique, de raisonnement vont s'amenuisant, et il finit par sombrer dans cette inconscience totale que les Hébreux nomment le Schéol.

En tout cela le corps psychique de l'âme passionnelle réagit semblablement à une plante privée d'eau.

Dès lors, nous comprenons parfaitement que les religions insistent sur la nécessité du détachement. En fait, il n'y a pas d'accomplissement spirituel si une victoire sur les passions n'est pas obtenue.

En notre époque où foisonne d'une manière désordonnée une multiplicité de doctrines nouvelles, profitons-en pour affirmer que tout système, qui se prétendrait spirituel, et qui ne proposerait pas explicitement la maîtrise des passions, ne pourrait
être qu'une fausse spiritualité. Un tel critère n'est pas inutile et peut aider bien des chercheurs sincères à ne pas se fourvoyer dans des doctrines prêchées par des charlatans ou des égarés.

La victoire sur les passions est une question de vie ou de mort. Ou bien vous vaincrez vos passions, ou bien vous serez vaincu par elle. Il n'y a pas d'alternative.
La mort dont nous parlons n'est évidemment pas la mort physique, car l'homme passionnel meurt physiquement au même titre que l'homme détaché. La mort en question est la deuxième mort qui survient au terme de la vie psychique. Se libérer des passions c'est vaincre la deuxième mort qui est la seule vraie mort. La première mort n'étant que l'abandon d'une coquille physique, souvent usée ou abîmée.
Nous avons vu pourquoi les passions entraînent le défunt dans ce gouffre d'inconscience qu'est la deuxième mort. Il reste à expliquer pourquoi le détachement permet de l'éviter. La logique de cette loi cosmique peut se résumer par une formule : « si vous êtes attaché aux choses mortelles, vous devenez mortel. Si vous êtes attaché aux choses éternelles, vous devenez immortel. »
La réalisation spirituelle est une conquête de l'immortalité, et cette conquête s'effectue grâce à la maîtrise des passions.

Si le corps psychique de l'âme se nourrit de passions terrestres, il dépérira progressivement après la privation du contact avec la terre qui résulte de la première mort. Par contre si le corps psychique se nourrit de la contemplation de l'éternelle réalité spirituelle, il ne saurait dépérir puisqu'il s'abreuve d'une immuabilité immatérielle et sans limites, dont rien ne peut le séparer.
Que le corps psychique du Réalisé se dissolve dans le non manifesté, ou bien qu'il subsiste au sein de la Manifestation cosmique, sous une forme lumineuse appelée corps de gloire dans le christianisme, et corps de diamant dans le tantrisme, dans un cas comme dans l'autre, il demeure à jamais, ayant évité l'anéantissement de la seconde mort.

La nécessité de l'absence de passions nous apparaissant clairement, nous devons souligner que cet objectif, inséparable de la démarche caractérisant toute spiritualité authentique, est radicalement opposé à « l'idéal » proposé par la société rofane.
En notre époque de matérialisme, « l'idéal » proposé aux masses est un « idéal » porcin qui se résume à dire : « jouissez de la vie au maximum et vautrez-vous dans l'auge des plaisirs ». Il n'y a pas de plus sûre manière d'enraciner l'homme dans la terre, d'éteindre en lui toute possibilité d'élévation spirituelle, de le vouer à la noirceur de l'anéantissement.

Dans une telle optique, les passions sont le piment de la vie. Plus on est passionné, plus on mord dans la vie à pleines dents, plus on connaît une vie intense et joyeuse.

D'une manière qui n'est paradoxale, qu'en apparence cet idéal aboutit à l'égoïsme, la solitude, l'angoisse, la révolte, la violence, le désespoir et parfois le suicide.
Il en est ainsi, car si je fais de mon idéal la recherche des plaisirs, je m'enferme irrémédiablement dans l'égoïsme, égotisme au sein duquel l'autre n'est pour moi qu'objet de plaisir. Une telle attitude me condamne à la solitude. Par ailleurs, plus je cherche à agripper les bonnes choses de la vie, plus je suis malheureux, car en ce bas monde toute chose est impermanente. C'est proportionnellement à nos attachements que nous connaîtrons la souffrance. Le détachement c'est donc la libération de la souffrance psychologique.

Plus je m'attacherai passionnellement aux liaisons amoureuses que j'aurai, plus je souffrirai lors des inévitables séparations ou trépas.
Plus je m'attacherai passionnellement aux travaux que j'accomplirai, plus je connaîtrai d'amères déceptions dans les inévitables échecs qui parsèment toute vie humaine.
Plus je m'attacherai passionnellement aux possessions matérielles qui peuvent m'échoir, plus je redouterai avec angoisse d'en être privé, plus je souffrirai d'en être effectivement privé, plus je devrai lutter âprement pour les acquérir ou les conserver, plus j'envierai ceux qui possèdent ce que je n'ai pas, et plus je me révolterai contre l'apparente injustice de leur répartition sociale.
Plus je m'attacherai au fait de vivre lui-même, plus l'échéance de la mort sera angoissante, plus la vieillesse qui réduit ma capacité de jouissance sera insupportable.
Si nous réfléchissons à tout cela, nous nous apercevons que la passion n'est pas une chose s'inscrivant dans l'ordre de la nature, mais au contraire une affection contre nature. Et ceci, car les passions au lieu de nous permettre de nous adapter aussi parfaitement que possible au monde extérieur constituent en fait une résistance à l'ordre naturel des choses. Résistance qui nous pousse à essayer absurdement de vivre à contre-courant. Accepter l'ordre des choses, c'est se laisser glisser dans le flux naturel de la vie, et cela consiste à accepter les deuils, séparations, privations et échecs inévitables qui parsèment toute vie. Or plus nos passions sont fortes, plus nous avons du mal à accepter ces choses inévitables et naturelles. Voici pourquoi l'esprit passionné est un esprit malade qui se révolte contre l'ordre des choses, et qui dans sa révolte contre l'ordre naturel est appelé à être brisé dans la souffrance et l'angoisse.

Ayant compris le danger et la vanité des passions, en de nombreuses religions la solution radicale et restrictive de l'ascétisme fut adoptée. M'éloignant ou me privant de tout ce qui est occasion d'attachement passionnel, je puis raisonnablement penser qu'il me sera plus aisé d'obtenir un détachement véritable. Cette solution, quand elle n'entraîne pas d'importantes réactions de refoulement et d'insatisfaction au niveau du véhicule humain, réactions qui se dressent comme autant d'obstacles supplémentaires, est assez efficace. Même si l'entreprise de détachement qui l'accompagne n'est pas menée dans cette vie jusqu'à son terme, elle garantit le salut à ses adeptes. Salut consistant à éviter la seconde mort, et à poursuivre l'évolution spirituelle dans la vie post-mortem.

Dans une optique spirituelle, la voie de l'ascétisme est donc parfaitement justifiable. Mais seulement dans la mesure où elle correspond à la spécificité d'une vocation et prédisposition individuelles. Lorsqu'elle est pratiquée par une personne qui ne possède ni les qualifications, ni les prédispositions, ni les aspirations qui lui sont afférentes, les résultats, à cause de multiples résistances et refoulements d'une nature contrariée, sont souvent opposés à ceux recherchés. Et voulant avancer, le pèlerin recule.

Les vocations authentiquement ascétiques sont des vocations d'exception. Quant aux discussions sur la supériorité ou l'infériorité de ceux qui acceptent le monde ou le refusent, elles sont ineptes. Ce qui importe c'est que chacun accomplisse les exigences de sa vocation individuelle.

Au contraire des ascètes, qui sont de purs témoins de la vie temporelle, ceux en qui la finalité du monde doit s'accomplir, sont animés d'une vocation que nous appellerons intra-mondaine. Les caractéristiques de cette vocation sont une pleine et parfaite acceptation du monde en tous ses aspects.
Une telle acceptation ne saurait dans une optique spirituelle se séparer de l'indispensable exigence du détachement. Il s'agit donc de demeurer dans le monde, d'avoir une vie familiale, professionnelle, politique, culturelle et artistique normale. Tout en travaillant à obtenir le parfait détachement, qui est le gage de la réussite spirituelle.
Pour ceux qui s'imaginent que les passions sont le sel de la vie, ce genre de perspective est généralement mal compris. Être détaché tout en restant dans le monde signifie pour eux mener la morne existence d'un laïc indifférent à tout, sacrifié, et raidi par le sens du devoir.

Je vais donc me marier et procréer des enfants par sens du devoir, sans les aimer véritablement, car j'ai peur de m'y attacher. Je vais accomplir une vie professionnelle sans goût, par esprit de sacrifice. Mes activités sociales ou politiques auront le même motif. Une telle vision est véritablement horrible. C'est une grave déformation de ce qu'est véritablement l'accomplissement de la voie intra-mondaine. Toute vocation se manifeste par des désirs profonds, un enthousiasme, une énergie expansive, des pulsions et des aspirations spécifiques. À cela la vocation intra-mondaine ne peut échapper. En ce cas direz-vous : « Comment l'accomplissement de cette vocation est-elle compatible avec l'exigence du détachement » ?
Pour le comprendre, il faut que nous analysions plus en détail la nature des passions.

L'artiste qui accomplit une oeuvre est poussé par un désir profond. Ce désir constitue, si sa vocation est authentique, une exigence existentielle. L'instrument humain doit s'exprimer artistiquement sous peine de ressentir une profonde insatisfaction psychologique. Dès lors, le travail artistique sera pour lui source de joie et d'épanouissement. Tout cela peut être accompli de manière non passionnelle. La passion interviendra lorsque l'artiste considérera qu'il ne peut pas s'empêcher d'exercer son art, au lieu de se contenter de remarquer plus sereinement et plus objectivement qu'une partie de l'instrument humain ressentirait de l'insatisfaction si la pratique de l'art était interdite. Le caractère exigeant, exigence apparemment plus forte que la volonté individuelle, caractérise l'aspect passionnel d'une activité. Avec l'exigence passionnelle, la crainte de la privation, et la souffrance de la privation apparaissent.
La passion interviendra, apparaîtra également lorsqu'au plaisir d'exécuter des oeuvres artistiques, s'ajoutera le désir de réussite auprès du public. Avec ce désir et l'attachement à la carrière artistique, les désillusions et les peines d'échecs éventuels
surviendront.

Il s'ensuit que la passion constitue une superstructure inutile, cause d'attachement et de souffrance. Contrairement à ce que pense une certaine opinion vulgaire, l'attachement passionnel de l'artiste à son art n'est aucunement nécessaire.
Ce qui fera ou ne fera pas la qualité d'un artiste, c'est d'une part les prédispositions ou les dons déposés en lui par notre mère Nature et d'autre part l'intensité et le sérieux du travail, grâce auquel il développera et manifestera ce qui est en lui, l'état germinal.

L'activité artistique accomplie d'une manière non passionnelle engendrera la joie profonde qui résulte de l'accomplissement d'une aspiration existentielle fondamentale. Il ne s'agira en aucun cas de se résigner à accomplir une activité.
Une telle résignation ne saurait d'ailleurs qu'engendrer un art médiocre. Dans l'accomplissement d'une vocation existentielle, joie, enthousiasme, énergie et intensité vibrante sont indissociables.

Le détachement qui accompagnera l'activité de cet artiste se concrétisera par le fait que celui-ci acceptera par avance, et avec sérénité, tout empêchement relatif à l'exercice de son art, et que par ailleurs il sera totalement libre des préoccupations
mesquines qu’est le succès auprès du public. Pratiquer son art aussi bien que possible, et dans la recherche d'une innovation et d'une perfection croissante, tel sera le propos qui suffira à son bonheur. Qu'il soit connu ou demeure inconnu du public, qu'il soit approuvé ou désapprouvé, louangé ou critiqué, lui importera peu ; car sa joie ne reposera pas sur la réussite sociale, mais sur la pratique artistique elle-même. À cette pratique il ne sera cependant pas attaché, car si son exercice constitue une aventure merveilleuse, il est prêt au cas où il serait empêché d'exercer son art, à vivre une autre aventure existentielle.

Nul doute que le détachement d'un tel artiste ne nuira aucunement à son oeuvre. Et qu'au contraire il le protégera de toutes les compromissions, et de tout le mercantilisme qui pollue avec une fréquence si malheureuse l’oeuvre de tellement d'artistes. Lorsque nous nous imaginons, au point de finir par le croire et par le ressentir, que nous ne pouvons pas nous passer de tel accomplissement de telle ou telle activité.
Lorsque nous nous accrochons affectivement et émotionnellement à la réussite ou à l'échec de notre activité. Cette activité devient passionnelle. Par contre, lorsque nous accomplissons une activité pour laquelle nous nous sentons une prédisposition, ou une aspiration profonde, pour la simple et gratuite joie de l'accomplir. Sans nous préoccuper de l'échec ou de la réussite, bien que nous soyons naturellement orientés vers cette dernière. Sans transformer cette activité en un besoin dominateur. Alors notre activité non passionnelle, contenant toutes les joies qui résultent d'une action exprimant les aspirations et prédispositions du véhicule humain, n'engendre aucune des tares et des liens qui résultent de l'attachement.

Ce que nous avons dit au sujet d'une vocation artistique s'applique également à une vocation scientifique, ainsi qu'à l'accomplissement de n'importe quelle profession. En somme, il s'agit d'accomplir notre travail au mieux de nos possibilités, entièrement concentré sur ce qui est accompli dans l'instant, sans nous préoccuper du passé ou de l'avenir, sans nous accrocher aux avantages pouvant être obtenus, ce qui ne signifie pas que nous les repoussions, et sans geindre sur les avantages qui peuvent être perdus. L'espoir et le regret n'ajoutent rien à la joie qui résulte de l'action. Au contraire, il pollue le contentement quotidien. Voilà ce dont nous devons prendre conscience, pour clairement comprendre que la passion n'est aucunement nécessaire pour agir, et pour tirer de l'action le plus haut bonheur possible.
Il en est de même dans le domaine de ce que l'on peut appeler la vocation familiale. Élever les enfants pour le plaisir de les voir grandir, n'inclut aucun attachement passionnel à ce qu'ils feront plus tard, et aucune attente de reconnaissance.

L'amour familial, s'il est habituellement source de passions peut être cultivé et entretenu d'une manière non passionnelle, ainsi que nous y invite la spiritualité intra-mondaine. Pour ce faire il n'y a rien à retirer au niveau des sentiments. Aimer les enfants, le conjoint ou les parents d'une manière non passionnelle, cela ne signifie pas moins les aimer. Les aimer d'une manière non passionnelle c'est tout simplement cesser de les considérer comme des objets de plaisir nous appartenant. L'amour donne. L'attachement passionnel s'approprie. Voici pourquoi confondre l'amour et l'attachement passionnel, c'est faire preuve d'un singulier manque de lucidité.

L'amour est source de joie. Que nous aimions des vivants ou des morts, des présents ou des absents, l'amour vécu est une expérience intérieure qui illumine notre coeur, et ne connaît pas la tristesse.

Ce qui souffre de la séparation, ce qui s'angoisse, ce qui jalouse ou se révolte, ce n'est pas l'amour, c'est l'attachement passionnel. Quand nous avons clairement perçu, en notre expérience, la distinction fondamentale qui existe entre l'amour et l'attachement passionnel, une clé de la vie spirituelle est mise à notre disposition.

Dès lors, nous savons que la passion est une perversion des sentiments. C'est une perversion qui fait de nous des esclaves. L'homme passionné ne domine pas sa vie, il est l'esclave de ce qui l'habite.
La perversion passionnelle est la source de toutes les souffrances sentimentales. Elle dépose ses fruits empoisonnés au sein de l'amour, et détruit la pureté de celui-ci.

Toutes les souffrances sentimentales sont faussement attribuées à l'amour, mais en réalité l'amour pur, dépouillé de la tare passionnelle, ne connaît pas la souffrance.
Car lorsque l'on aime on peut aimer éternellement, que celui ou ceux que l'on aime soient vivants ou morts, que leur attitude avec nous soit bienveillante ou malveillante, on peut toujours aimer. C'est seulement l'attachement qui attend une reconnaissance ou une attitude spécifique en retour. C'est seulement l'attachement qui se brise avec la mort, ce n'est pas l'amour.
Toutes ces larmes versées pour des morts, pour des séparations, pour des privations, ne sont pas des larmes d'amour. Ce sont des larmes de passion.
L'attachement passionnel est un désir de réalisation ou de possession qui s'agrippe avidement à l'objet de notre amour, de notre plaisir.

L'amour est un sentiment lumineux, indescriptible, mais parfaitement évident pour celui qui le connaît. Dans notre expérience de l'instant ce sentiment existe, ou bien n'existe pas ou plus, le reste n'est que discours verbeux et littérature. Les instants d'amour, et les instants d'attachement ou de souffrance, d'angoisse ou de jalousie résultant de l'attachement, sont fondamentalement différents.
Apprenez à percevoir quand l'amour est là, quand il coule hors de vous chaud et lumineux. Et apprenez à savoir quand la pensée et l'émotivité s'attachent, regrettent, jalousent, souffrent, s'angoissent. Constatez que cela est totalement différent.

Si nous abandonnons les théories et que nous nous préoccupons de l'amour tel qu'il est, nous constatons que chaque fois qu'il se manifeste et au moment précis où il se manifeste, l'amour est une source de bonheur et de plénitude. Ayant constaté cela nous faisons une observation importante, qui nous entraîne bien loin des opinions courantes. Nous constatons qu'il n'y a pas d'amour malheureux, ou de souffrance due à l'amour.

Ceci est une évidence, puisque chaque fois que l'amour est en nous nous sommes heureux. Ce qui n'est pas forcément le cas quand nous pensons à l'amour ou parlons de lui. Il s'ensuit qu'aucune souffrance n'est l'amour, c'est abusivement que les gens attribuent à l'amour ce qui ne lui appartient pas.
Dire que nous souffrons parce que nous aimons c'est parler d'une manière fausse. L'amour n'existe que dans l'instant où il se manifeste en nous. De ce fait lorsque nous souffrons en cas d'échec, de séparation ou de privation, nous n'aimons pas. L'amour étant indissolublement lié au bonheur, aucune souffrance ne peut être signe ou conséquence de l'amour. Toutes les souffrances sentimentales sont la résultante de la passion et de l'attachement.

La collusion entre l'amour d'une part et d'autre part la passion et l'attachement, quoiqu’universellement répandue est très grave, car à cause d'elle l'attachement et la passion sont faussement justifiés.

En vérité, l'attachement et la passion sont des parasites de l'amour, qui se greffent sur lui, et introduisent la souffrance au sein du bonheur naturel de l'amour. Ce qui est vrai pour l'amour des êtres humains l'est aussi pour l'amour des oeuvres.

Amour et passion sont deux phénomènes complètement distincts. S'il est vrai que l'attachement passionnel a pour habitude d'accompagner l'amour, cette habitude n'est pas inévitable, et le travail spirituel consiste précisément à purifier notre amour des êtres, des choses et des oeuvres, de la pollution passionnelle.
Pour savoir comment nous libérer de la passion, nous devons analyser la manière dont se forment les sentiments passionnels : on peut constater qu'une passion s'ébauche, se développe et s'enracine dans l'imaginaire.
Tous ces regrets sur le passé, tous ces désirs relatifs au futur, qui composent la souffrance et l'avidité passionnelle, ne sont rien d'autre qu'une divagation du mental. Un mental inattentif au moment présent.

Il faut donc que nous accomplissions les choses par amour, par goût, par nécessité ou par devoir, en les dépouillant des divagations passionnelles. Qui observe attentivement son mental verra bien en quoi consiste la dérive imaginaire sur laquelle se fonde la passion. Chaque fois qu'il se surprendra en train d'espérer que ceci arrive, ou n'arrive pas, il saura : « en cet instant je cultive un attachement passionnel ». Chaque fois qu'il pensera avec attendrissement ou amertume au passé il saura : « en cet instant je mange les fruits de la passion ».
Pour lutter contre la tendance passionnelle du mental, deux moyens sont à notre disposition. Le premier consiste à centrer notre attention sur l'instant présent. Instant dans lequel passé et futur ne sont que des fantasmes. Le deuxième moyen consiste à contrecarrer systématiquement le développement de l'imagination passionnelle.

Contrecarrer l'imagination passionnelle signifie lorsque j'entreprends un travail, imaginer l'échec et l'accepter par avance. Il ne s'agit pas de s'imaginer longuement et fréquemment l'échec, jusqu'à finir par engendrer en nous un état d'esprit défaitiste et l'attirer l'échec dans notre expérience par la puissance créatrice de la pensée. Il faut envisager clairement l'échec, et accepter en toute sérénité cette éventualité. Ce que nous devons nous remémorer fréquemment ce n'est pas la représentation de l'échec, mais la représentation de notre acceptation sereine de l'échec et de la réussite. En faisant cela, nous prenons le contre-pied du processus mental sur lequel repose la construction des passions.

Les images mentales que nous entretenons dans notre imaginaire ont une influence profonde sur notre comportement. Plus nous concevrons l'échec comme une catastrophe insupportable ou désespérante, plus nous deviendrons fragiles vis-à-vis de cette éventualité.

De même, plus nous concevons la réussite comme une apothéose exaltante, indispensable à notre épanouissement, plus nous devenons esclaves et dépendants de la réussite.

Il faut agir de manière à exprimer les aspirations profondes de l'individualité, mais notre action doit s'accompagner de représentations mentales dans lesquelles nous nous préparons à vivre l'échec ou la réussite d'un coeur égal. Plus ces représentations seront fortes, fréquentes et sincères, plus elles influenceront notre comportement.
Il faut comprendre que dans une optique spirituelle, un grand échec vécu avec une imperturbable sérénité devient une réussite : et qu'une réussite matérielle, nous emportant dans une exaltation au sein de laquelle nous perdons le contrôle de nousmêmes, est un échec. Les événements de la vie ne sont que des agrès destinés à nous permettre de fortifier et d'élargir notre âme.
Ceci est valable pour toutes les oeuvres, qu'il s'agisse d'études scolaires, du travail professionnel, de la recherche scientifique, de la création artistique, de la pratique sportive...

En prenant l'habitude d'accepter par avance l'échec, et de ne pas vous exciter en cas de réussite, vous deviendrez peu à peu de plus en plus fort et solide psychologiquement. La vie avec ses épreuves et ses accomplissements s'écoulera autour de vous, tandis que vous demeurerez intérieurement inaltérable.
Ce que nous avons dit pour les oeuvres est valable pour les relations humaines. Acceptez par avance la mort de vos parents, de votre femme ou de votre mari, de vos enfants et de vos amis, acceptez par avance la mort, la brouille et la séparation.
Ne la souhaitez pas, acceptez-la.

Gardez constamment présent à l'esprit le caractère éphémère de toute vie. De toute relation. À peine mariés, les gens s'imaginent qu'ils vont vivre ensemble pendant toute l'existence. Mais que savent-ils de la durée de leurs vies respectives ?
Que savent-ils du destin qui leur est réservé ? Ils ne savent rien de tout cela, et cependant ils investissent toute leur sensibilité dans des espoirs imaginaires.
Aussi, quand le destin retire la présence de l'être aimé, il s’effondre dans l'amertume et le chagrin.

En cette vie rien n'est acquis : à peine né, l'enfant peut mourir. Fiançailles et deuil peuvent s'effectuer le même jour. La gloire et l'oubli sont proches. La richesse et la pauvreté se succèdent. La santé et la maladie alternent.
Cette réalité n'est pas dure, elle le devient pour les faibles. Refuser de voir la réalité de l'impermanence. Se cacher la tête dans le sable de l'oubli. Ne pas vivre en ayant quotidiennement présent à l'esprit la réalité de l'impermanence. C'est devenir faible. Plus nous serons faibles, plus la vie nous meurtrira.

Si tous les matins en embrassant votre Femme, votre mari, vos enfants et votre chien, vous vous rappelez qu'ils vont bientôt mourir, cela ne vous conduira pas à moins les aimer. Au contraire, dès lors que nous demeurons conscients de l'impermanence de toute chose, chaque moment devient important, riche et précieux.
Qui sait si demain nous pourrons parler ensemble ? Lorsque je suis conscient de cela, il n'y a pas de futur dans lequel je puisse me promettre d'être plus gentil, plus compréhensif et plus affectueux. C'est tout de suite, c'est aujourd'hui que je dois me réformer, m'éveiller, et témoigner ma tendresse à ceux que j'aime. En m'habituant à l'idée de l'impermanence. En cessant de la fuir. Je m'adapte à la réalité, et je cesse d'être déchiré par elle.

Si le monde de nos rêveries égotiques ne correspond pas à la réalité du monde extérieur, nous sommes blessés par le monde extérieur.
Refusant de laisser la passion et l'attachement germer en nous, détruisant les passions et les attachements qui existent déjà, nous ne cessons ni d'aimer ni d'agir.
Simplement nous cessons d'être des êtres frivoles et débiles, qui construisent eux-mêmes l'instrument de leur souffrance psychologique.

Aimez et agissez, mais ne vous accrochez ni au futur ni au passé. Vivez chaque journée comme une vie complète. Sans rien espérer au-delà..

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