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APPROCHE DE LA VIGILANCE

La distinction entre la vigilance et la concentration est de la plus haute importance.

Lorsqu’une telle distinction n’est pas faite au sein de la pratique quotidienne, le Sentier risque d’être irrémédiablement fermé. Vouloir constamment se concentrer sur la Transcendance deviendrait rapidement un acte artificiel, terne, sans goût. Cela engendrerait une lutte épuisante. Sans cesse, votre attention serait attirée par les choses du monde et, sans cesse, il faudrait la retirer des choses sensibles pour la fixer sur la Transcendance.

Une telle discipline serait vécue comme une contrainte terrible et desséchante, comme une mortification et une souffrance humaine. Une telle concentration constitue, en fait, un rejet du monde radical. Il y a là une attitude de fuite. Le monde devient un lieu de ténèbres dont on cherche désespérément à s’évader.

Une telle démarche tourne le dos à une totale acceptation de ce qui EST. Nous avons dit qu’il fallait être attentif aux agissements de l’homme, qu’il fallait être présent à soi-même et que, dans cette attention, l’arrière-plan de la Conscience témoin qui perçoit l’homme et le monde, se dégagera. Cependant, si vous croyez que cette attention est une concentration, vous ne découvrirez pas la Conscience témoin.

Celui qui voudrait utiliser la concentration sur l’homme et le monde extérieur, pour instaurer l’Éveil dans sa vie quotidienne, serait obligé de faire un effort constant. De plus, cet effort constant serait sans cesse contrarié par les phénomènes et les circonstances. Étant concentré sur le corps physique, il serait distrait par le surgissement d’une pensée.

Étant concentré sur les pensées, il serait distrait par l’apparition d’une sensation corporelle. Étant concentré sur l’homme dans son ensemble, le monde le distrairait. Étant concentré sur un élément du monde extérieur, un autre élément du monde, ou bien l’homme lui-même, le gênerait. Nous arrivons donc à la conclusion suivante : l’Éveil ne résulte ni d’une concentration sur la Transcendance, ni d’une concentration sur le monde extérieur, ni d’une concentration sur le corps ou le mental de l’homme.

Il en va ainsi, car l’Éveil ne résulte pas d’une concentration, mais d’un état de vigilance. La distinction entre la concentration et la vigilance est la suivante : dans la concentration, l’attention est rassemblée sur un point précis à l’exclusion des autres types de perceptions. Par contre, la vigilance est une attention ouverte, dans laquelle vous êtes le spectateur de toutes les catégories de perceptions internes ou externes.

Dans la concentration, une dualité entre vous et l’objet de votre concentration est entretenue. Il y a l’objet sur lequel vous vous concentrez et que vous ressentez comme autre que vous. Par ailleurs, il y a vous-même qui vous intéressez avec une attention soutenue et exclusive à cet objet. Dans ce processus, l’ego demeure et c’est lui qui effectue l’effort de concentration.

Dans la vigilance, il n’y a pas de dualité. Or, c’est précisément sur la notion de dualité, séparant et isolant le moi individuel du reste, que se fonde l’ego. Dans la vigilance, il y a des phénomènes psychologiques et sensoriels qui sont perçus et il y a la Conscience qui est attentive vis-à-vis de tous les phénomènes, sans discrimination. Entre la Conscience qui perçoit et les phénomènes, il n’y a rien. Il n’y a aucun processus mental cherchant à saisir tel type de phénomènes et à fuir tel autre type de phénomènes Cette absence de saisie ou de fuite est précisément la disparition de l’ego.

Dans la concentration, il y a implicitement un désir de possession, une convoitise, une tentative de saisie vis-à-vis de l’objet de la concentration. Au contraire, la vigilance est une attitude non possessive. C’est une attitude qui ne convoite ou ne redoute rien. En elle, il y a acceptation de ce qui EST.

Lorsque vous êtes vigilant vis-à-vis du perçu interne ou externe, vous devenez tout naturellement la Conscience témoin et vous cessez d’être impliqué dans le perçu. Lorsque vous demeurez vigilant, simplement vigilant, sans concentration sur quoi que ce soit et sans rejet d’un type quelconque de perceptions sensorielles ou psychologiques, vous demeurez alors attentif, en acceptant tout ce qui est perçu, sans vous accrocher à ceci ou cela et sans refuser ceci ou cela.

Les expériences vécues par l’homme ne laissent pas de trace intérieure.

C’est la fin du karma.

C’est la fin de l’incessant conditionnement exercé sur l’homme par la vie quotidienne.

Il en est ainsi, car ce qui crée notre destin, ou notre karma futur, ce qui s’imprime dans le psychisme, le conditionne et conditionne l’avenir, ce sont les constantes appréciations et refus de l’ego.

Dans la concentration, une impression s’inscrit profondément dans le psychisme. Plus la concentration est intense, plus cette marque est profonde. La concentration est un moyen pour conditionner volontairement le psychisme. Dans cette démarche, l’ego ne disparaît pas. Il reste puissant, c’est lui qui fait l’effort de concentration et qui s’intéresse intensément à l’objet de la concentration. La concentration fait donc partie des recueillements qui ont pour but de modeler le psychisme. C’est une bonne chose dans la mesure où l’objet de concentration est spirituel.

Si la concentration spirituelle et la vigilance sont complémentaires, il nous faut constater à quel point la démarche de ceux qui cultivent ce que l’on appelle la pensée positive, ou la pensée créatrice est différente de ce que nous proposons. La pensée positive qui a pour but de modifier le destin dans le sens de nos désirs consiste à se concentrer sur la représentation de ce que l’on souhaite voir se réaliser.

Ce type de concentration qui fait appel à la puissance créatrice de la pensée est tout à fait passionnelle.

On cherche à obtenir une bonne santé, la réussite sociale, etc. Il en résulte un renforcement de l’ego.

La pensée est sans cesse concentrée, tendue, vers la concrétisation de nos souhaits, la négation de nos craintes. Dans la vigilance, on retire le voile passionnel. Il n’y a plus de désir, plus de préférence. La conscience de l’homme vigilant est un espace vierge sur lequel défilent des phénomènes et en lequel rien ne s’incruste. Une liberté intérieure totale vis-à-vis des phénomènes est obtenue.

Un aspect fondamental de la vigilance réside dans la notion de détente. Vous ne pouvez pas être vigilant si vous n’êtes pas totalement détendu. Dans la vigilance, vous ne vous projetez plus sur les objets de perception. De ce fait, vous cessez de vous contracter physiquement, émotionnellement ou mentalement. L’existence humaine est sans cesse traversée par de multiples tensions, car lorsqu’il y a désir une tension est dirigée vers son objet. Il y a également les tensions qui résistent à ceci ou cela lorsqu’il y a un refus. Comprenez clairement que, dans la vigilance, toute tension disparaît. Vous acceptez ce qui EST, d’instant en instant, en conservant une attention lucide et détachée vis-à-vis de toutes les catégories de perceptions. La tension physique, c’est la tension qui est la plus aisément perceptible et contrôlable. De plus, en raison de l’interdépendance entre le corps et le psychisme, toute tension mentale ou émotionnelle se répercute dans le corps. Voici pourquoi vous devez prêter une grande attention à cette forme de tension afin de progresser sur le chemin de la vigilance. A de fréquentes reprises quotidiennes, prenez conscience de votre corps. Passez en revue ses différentes parties et regardez s’il n’y a pas de tensions inutiles. Des tensions qui ne sont pas nécessaires pour l’accomplissement de votre activité.

Le visage, les épaules, les bras, les mains, le ventre, les fesses, les autres parties du corps, sont-ils inutilement crispés ? Si la réponse est affirmative, décontractez-les. Constatez la relation qu’il y a entre la vigilance intérieure et la décontraction du corps. Toute attitude de vigilance engendre une détente au niveau du corps et toute détente corporelle favorise l’accomplissement de la vigilance. Apprendre à vivre avec vigilance, c’est apprendre à vivre d’une manière physiquement décontractée. Observez les multiples contractions et crispations inutiles à l’accomplissement d’une activité musculaire normale et saine en vous rappelant que s’il y a tension interne ou externe, l’ego est présent.

L’ego s’agrippe aux phénomènes plaisants, repousse les phénomènes déplaisants et cela crée sans cesse des tensions.

Lorsque tout est accepté dans une sereine vigilance, il y a détente ; une détente profonde et totale vécue comme un contentement parfait au sein de l’existence. Par la vigilance, se libérer des tensions mentales, émotionnelles et physiques, c’est connaître une forme spéciale de bonheur.

Dans la vigilance et la détente : « Vous êtes vraiment bien dans votre peau ». « Chaque jour est un bon jour ». « Chaque instant est une perle précieuse ». Sachez-le, si votre vie est crispée, angoissée, grise, terne, morose, vous ne connaissez pas l’Éveil, vous ne connaissez pas la vigilance, vous ne connaissez pas la détente.

La joie et la détente sont des signes et des conséquences fondamentales de l’Éveil. Lorsqu’elles font défaut, la pratique est erronée. C’est seulement au sein de la vigilance et de la détente que la vie humaine devient un jeu. Rien n’est vraiment sérieux lorsqu’on est parfaitement détendu.

Dans la vigilance, ce qu’il est convenu d’appeler les vicissitudes de la vie humaine s’intègrent dans une vision du monde qui demeure ludique. Pour atteindre la perfection dans l’accomplissement de nos activités, il faut allier la détente et la vigilance. Toute crispation physique ou mentale est une erreur. Travaillez dans la détente et la vigilance.

Vivez dans la détente et la vigilance.

Comprenez que toute tension et toute crispation vous lient à la chose accomplie et limite vos capacités.

La conscience du profane est sans cesse absorbée par ce qu’il perçoit. Constamment, il disparaît dans ces perceptions. Au sein de cet oubli de soi-même, les phénomènes d’attraction et de répulsion qui engendrent des tensions règnent en maître.

Par sa vigilance l’adepte passe au-delà des contraires.

Non point parce qu’il abolit les contraires, mais parce qu’il observe avec vigilance les phénomènes d’attraction et de répulsion qui peuvent se produire en l’homme.

La concentration enferme notre attention dans ce que l’on perçoit et c’est pourquoi, en dehors des petites concentrations nécessaires à l’accomplissement des tâches quotidiennes, la recherche d’une concentration parfaite n’est acceptable, durant des moments de recueillement, que sur des thèmes spirituels.

Dans la vie active, seule, la vigilance qui est une attention ouverte et non sélective nous place dans la position du Témoin par rapport à ce qui est perçu. S’il y a concentration, c’est l’ego qui fait l’effort de concentration. Par contre, la vigilance nous conduit directement à l’état sans ego.

En demeurant vigilant vis-à-vis des êtres et des choses, vous devenez intensément conscient de ce que vous percevez. Vous êtes la pure Conscience qui perçoit. L’ego s’efface. Il n’y a personne pour juger ce qui est perçu, pour se sentir distinct et séparé de lui, pour vouloir s’en emparer. C’est un état d’union et de non-dualité avec le perçu. Dans cet état qui est parfaite compréhension et parfaite acceptation, il y a Amour.

Par la vigilance, vous devenez le Témoin du monde extérieur et du monde intérieur. Vous ne privilégiez aucune direction de l’attention. Vous ne cherchez pas à être plus particulièrement conscient du monde extérieur ou plus particulièrement conscient du monde intérieur. Devenez centré en vous-même, dans une immobilité immatérielle et attentive. Cette immobilité est celle de la Conscience qui perçoit.

Devant cette Conscience défilent les perceptions psychologiques qui constituent le monde intérieur et les perceptions sensorielles qui constituent le monde extérieur. En observant ainsi les deux mondes, intérieur et extérieur, vous percevez clairement leur interrelation. Vous voyez l’influence de l’extérieur sur l’intérieur. Vous constatez la manière dont l’intériorité colore et interprète l’extériorité. Pour vous, le Témoin vigilant, extériorité et intériorité, finissent par faire partie du même tissu de perceptions. C’est la trame phénoménale que vous contemplez sereinement.

Toute concentration est un rétrécissement du champ de l’attention.

Dans la vigilance, vous devez, au contraire, être ouvert aussi largement que possible à toutes les espèces de perceptions sensorielles ou psychologiques qui peuvent jaillir.

Vous demeurez attentif, sans choix, sans censure, sans préférence vis-à-vis de ce qui surgit. Vous conservez, à tout instant, une vue d’ensemble de la situation existentielle.

L’homme doit continuer à établir des choix, faire des projets, mais, dans votre vigilance, vous êtes le Témoin impartial des choix et des projets. Vous regardez constamment l’homme vivre et vous regarder le monde au sein duquel évolue cet homme. Tout effort se situe dans la trame des phénomènes. Tout effort engendre une série de causes à effets. Tout effort s’intègre dans le fleuve mouvant du devenir. C’est pourquoi aucun effort, de quelque nature qu’il soit, ne peut vous faire sortir du monde des phénomènes et vous libérer de la prison temporelle. Il est donc fondamental que vous compreniez que la vigilance est un non-effort. Le seul effort que vous ayez à faire est celui de vous rappeler, au sein de toute activité, la nécessité de la vigilance.

Quant à la vigilance elle-même, elle s’instaure par un non-effort, un non-faire, un non-désir, une cessation de l’implication dans le perçu, la fin d’un mouvement d’adhésion au vécu, la fin d’un rejet ou d’une fuite, l’instauration d’une passivité intérieure attentive.

Dans la vigilance, nous laissons notre esprit dans son état naturel. Nous cessons de l’investir dans les objets de perception. Lorsque l’esprit demeure dans son état naturel, il s’installe dans la position du Témoin. Cette attitude, lorsqu’elle vous sera devenue habituelle, vous apparaîtra comme la plus simple de toutes.

C’est l’esprit du profane qui est compliqué, l’esprit du sage est la simplicité même. La vigilance aboutit à demeurer enraciné en soi-même, dans le vide et le silence de notre Conscience et, à partir de là, à rester éveillé, ouvert à tout ce qui EST, à percevoir sans refuser, sans déformer, sans choisir, sans s’accrocher à ceci ou à cela.

Par la vigilance, lorsqu’elle est constante, parfaite et profonde, vous réalisez l’état suprême de la Délivrance de toutes les conditions d’existence. Vous devenez un être libéré en cette vie. Il n’y a rien à rechercher au-delà de cet état. Dans la vigilance, vous êtes attentif vis-à-vis du monde et vis-à-vis de l’homme, mais votre attention, au lieu de vous perdre et de vous absorber dans ce que vous percevez, vous ramène sans cesse vers le centre de vous-même, vers le silence de la Conscience qui perçoit. Dans la vigilance, nous acceptons les choses telles qu’elles sont.

Aucun élément de la réalité perçue ne nous dérange.

Nous laissons le perçu être là, à sa place.

Nous acceptons les phénomènes, nous les laissons se manifester sans résistance.

Nous ne voulons rien et nous ne refusons rien.

La paix la plus haute en résulte.

L’identification à l’homme est la conséquence du fait d’être complètement absorbé par l’expérience du vécu et de l’absence de conscience de Soi.

C’est dans le « connais toi toi-même » que se trouve la Réalisation spirituelle, car celui qui se connaît lui-même, et qui maintient cette connaissance au sein de toutes les activités n’est plus emporté par le vécu. Il demeure un spectateur attentif et détaché, centré en lui-même.

La désidentification peut être, au début du chemin, le fruit d’un effort, le fruit d’un raisonnement analytique. Un tel processus peut être nécessaire pour arriver à se sentir être le Témoin. Mais, dès que l’on progresse, l’effort de désidentification doit disparaître, au profit d’une désidentification spontanée et implicite, qui n’est pas la résultante d’un effort, mais la conséquence spontanée de la vigilance. Sachez-le, lorsque vous êtes en état de vigilance, vous êtes automatiquement désidentifié, sans avoir rien fait pour cela, sans raisonnement particulier, sans démarche intellectuelle.

Dans la vigilance, vous constatez votre désidentification vis-à-vis de l’homme que vous percevez.

C’est une évidence vécue. Lorsque vous avez compris d’expérience ce qu’est la vigilance, lorsque celle-ci s’installe dans votre vie, il n’y a plus rien d’autre à faire, il n’y a plus rien d’autre à chercher. La seule chose qui compte et qui est l’unique chose nécessaire, c’est de continuer à devenir de plus en plus fréquemment et profondément vigilant.

Tous les efforts spirituels doivent être abandonnés. Il s’agit de demeurer constamment dans l’état de non-effort attentif qui est le propre de la vigilance. A ce stade, vous pouvez vous heurter à une résistance de l’ego. L’ego s’est nourri de la spiritualité, comme il se nourrit de toute chose et il veut continuer à faire des efforts spirituels. Il veut lire d’autres livres sur la spiritualité, pratiquer des techniques et des disciplines, faire ceci ou cela. Or, en vérité, quand on sait ce qu’est la vigilance, il n’y a plus d’effort à faire, plus de livre à lire, plus de technique ou de discipline spirituelle de nécessaires.

La seule chose qui est requise, c’est le constant rappel de l’exigence de la vigilance. Mais, cela ne plaît pas à l’ego, car il se nourrit des efforts et la vigilance est un non-effort. Ainsi, vous constatez que l’ego veut continuer à cultiver une fausse spiritualité faite d’efforts, car il redoute le non-effort de la vigilance qui lui est étranger. L’ego doit lâcher prise. L’ego est plein de désirs et, à ce sujet, les désirs spirituels ne sont pas moins asservissants que les autres. L’ego veut obtenir ceci et éviter cela. L’ego veut s’efforcer d’atteindre. L’ego veut se réaliser spirituellement. Tout ceci doit s’écrouler.

Tandis que la vigilance est une totale acceptation de ce qui existe au moment présent, la fausse spiritualité est taraudée par l’obscur désir d’atteindre un « ailleurs ».

Par la vigilance, vous devez cesser d’être dans une attitude de fuite et adopter une attitude d’acceptation. Or, la totale acceptation de ce qui existe, c’est la fin des désirs erronés de l’ego. Par la vigilance, prenez l’habitude de laisser l’homme accomplir l’action nécessaire, sans effort intérieur, sans crispation inutile. Laissez-le accomplir l’action comme une réponse spontanée, d’instant en instant, aux situations de l’existence. Laissez-le agir sous la lumière de votre prise de conscience, tandis qu’à l’intérieur vous demeurez dans la paix et le silence, en ressentant d’une manière profonde que seul l’homme agit, tandis que vous, la Conscience spectatrice, vous demeurez non-agissant. L’homme doit continuer d’agir d’une manière aussi efficace que possible, en se laissant guider par sa conscience morale.

L’homme doit continuer à faire des projets et à agir dans le but d’accomplir ces projets. Mais, vous qui demeurez l’observateur silencieux, vous n’êtes plus impliqué émotionnellement dans la réussite ou l’échec des projets et des activités humaines. Vous constatez la réussite ou l’échec de l’homme, avec la même neutralité et indifférence attentive.

Par la vigilance, votre ego va se dissoudre, et cette dissolution de l’ego est une grande libération pour l’homme lui-même. L’ego porte fictivement le poids du monde sur ses épaules. Il est plein de soucis, de peurs, d’angoisses, de désirs. Lorsque la conscience s’installe dans la paisible position d’un spectateur attentif, le fardeau du monde s’écroule.

On ne redoute plus rien.

La maladie, la prison, la mort ou la souffrance sont des spectacles que nous sommes prêts à regarder avec la même qualité d’attention.

Nous cessons de redouter, nous cessons de fuir.

Il en résulte une grande paix, une grande détente.

Vouloir façonner son existence, c’est une responsabilité terrible.

Vous luttez contre les obstacles, vous luttez contre le destin, vous luttez contre l’adversité.

Par la vigilance, vous savez que l’existence vous est donnée gratuitement, vous acceptez tout ce qui vient et vous cessez de chercher quelque chose de particulier.

De jour en jour est accompli ce qui doit être fait et, avec la même tranquillité, vous voyez certaines choses s’accomplir et d’autres ne pas se réaliser. Vous observez également des éléments nouveaux et imprévus surgir dans votre vie.

De cette attitude résulte une sensation de liberté quotidienne. Lorsque l’ego est dissous, vous êtes conscient, en votre manifestation humaine, de jouer un rôle auquel vous ne vous identifiez pas. Intérieurement, vous êtes distinct et libre vis-à-vis des actions accomplies, des paroles prononcées, des pensées émises.

De jour en jour, ce qu’il faut faire apparaît clairement à l’homme qui est ainsi porté et entraîné par le courant de sa prédestination individuelle. Il n’y a aucun souci à se faire, tout ce qui doit être accompli le sera, en son temps. Demeurez simplement dans votre non-agir intérieur, en regardant l’homme agir avec compassion et amusement.

Vivre dans la vigilance, c’est vivre avec les yeux émerveillés d’un enfant. Vous constatez que chaque instant est unique. Tout ce qui peuple cet instant prend une acuité, une densité, une intensité inexprimables. Le perçu devient lumineux. Il n’y a plus d’acte vide, plus de moment insignifiant. Tout a le goût de l’éternité.

Lorsque l’instant est vécu avec une vigilance parfaite, une plénitude totale est ressentie, plénitude en laquelle il n’y a plus rien à désirer dans le futur. Tout est là, dans l’instant qui passe. Dès que la vigilance s’installe, il n’y a plus de corvée, plus de chose déplaisante à faire, plus d’ennui, plus d’impatience.

La disparition de ces symptômes est un signe très clair, indiquant que vous introduisez correctement la vigilance dans votre vie. Constatez par vous-même la réalité de ce que nous disons. Si vous êtes ennuyé, devenez intégralement conscient des pensées, des sons, des mouvements, des couleurs, des sensations, de vous-même qui percevez tout cela.

Devenez vigilant et constatez que l’ennui s’en va. S’ennuyer, c’est être enfermé dans un ego morose qui ne trouve aucune satisfaction immédiate dans le vécu. Faites de même lorsque vous êtes impatient, lorsque vous accomplissez un travail qui vous rebute.

Chaque fois, constatez que si vous êtes attentif à la totalité du perçu qui meuble l’instant, le sentiment négatif disparaît. Une humeur négative n’est rien d’autre que le fait de s’enfermer dans la perception intense du ressassement d’une pensée.

En devenant conscient de la totalité du perçu, la pensée négative n’est plus qu’un phénomène parmi d’autres, cessant de vous accaparer avec exclusivité, elle perd sa force puis disparaît. Vous êtes timide, observez avec vigilance les manifestations de votre timidité. Acceptez ces manifestations, ne les repoussez pas.

Contentez-vous de les regarder avec une attention paisible et, peu à peu, elles disparaîtront. Il en est de même pour la colère ou la mauvaise humeur. Ne repoussez pas ces manifestations négatives. Les repousser, c’est entrer en lutte avec elles. Contentez-vous d’en prendre conscience, de les observer avec vigilance.

En introduisant la vigilance dans tous les aspects de votre vie quotidienne, vous constaterez rapidement qu’avec elle vous détenez la clef d’une transformation intégrale de l’être humain. Sachez qu’il existe bien des degrés de vigilance et que, par votre pratique quotidienne, vous irez de vigilance en vigilance plus intense et plus profonde. Il y a trois aspects fondamentaux qui caractériseront vos progrès sur le sentier de la vigilance : la fréquence quotidienne de vos moments de vigilance, la durée de ces moments et, enfin, la profondeur de votre vigilance.

Long est le chemin qui mène à une vigilance à la fois profonde, parfaite et ininterrompue. La vertu essentielle est la persévérance. Il faut, jour après jour, devenir de plus en plus fréquemment, longuement et profondément vigilant. Au début, votre vigilance sera peut-être faible. Vous ne ressentirez peut-être pas le silence intérieur, la position du Témoin, le non-agir au-delà de l’homme dont nous avons parlé. Il faut persévérer. Vous serez confronté avec la claire vision de tous vos défauts, de votre médiocrité. Acceptez paisiblement cela. Constatez qu’en demeurant l’observateur attentif de la négativité humaine, celle-ci s’estompe, non point soudainement, mais peu à peu. Ce sera déjà un bon résultat.

Continuez à persévérer et, petit à petit, la profondeur viendra ; une profondeur en laquelle vous constaterez ce que nous avons dit et où vous ferez l’expérience de tout ce qui est inexprimable. Refuser le négatif sous prétexte que l’Éveil est incompatible avec lui est une grave erreur qui bloque toute progression ; car il faut vous éveiller vis-à-vis du négatif pour parvenir à vous en libérer. S’éveiller vis-à-vis du négatif, cela veut dire observer avec vigilance le négatif lorsqu’il se produit. Il est des chercheurs spirituels qui croient pouvoir évoluer en niant la réalité du négatif qui les habite. Ce négatif, ils ne veulent pas le voir. Ils le refoulent aussi profondément que possible. Pour eux, la spiritualité consiste à planer au-dessus de tout cela. Par leurs conceptions spirituelles, par l’entretien de bonnes pensées, par un effort d’abstraction, ils cherchent à dissimuler, à se cacher la négativité qui est en eux. C’est une totale erreur qui se situe aux antipodes de la vigilance et de la lucidité. L’erreur inverse consiste à être parfaitement conscient de notre négativité et à se décourager en face d’elle, en croyant que tout effort pour s’en émanciper est, par avance, voué à l’échec. Évitez ces deux attitudes ; pas de dissimulation, pas de découragement, une observation attentive et impersonnelle, c’est tout.

Supposons que vous soyez angoissé. Ne vous imaginez pas que le chemin de l’Éveil présuppose la fin de vos angoisses. Le chemin de l’Éveil passera au travers de vos angoisses. Lorsque vous serez angoissé, ne croyez pas « je ne puis être éveillé, car je suis angoissé ». Au contraire, l’angoisse est une excellente occasion pour vous éveiller. Ne refusez pas votre angoisse, acceptez-la. Devenez vigilant. Ne vous concentrez pas sur votre angoisse. Observez-la attentivement tout en restant « ouvert » à l’ensemble du perçu qui constitue l’instant présent. Ne vous laissez pas entraîner par elle. Observez lucidement la nature de ce phénomène mental sans vous laisser captiver par lui et en conservant une vision holistique. Devenez le Témoin. N’attendez aucun résultat immédiat. Soyez prêt à observer l’angoisse aussi longtemps et aussi souvent qu’elle se produira.

Nul doute que si vous observez régulièrement vos angoisses dans un état de vigilance désidentifiée, qui ne se laisse pas entraîner, mais qui ne refuse pas ce qui existe, vos angoisses disparaîtront. Si vous avez des fantasmes, des manies, des phobies, faites de même. Quand il y a de l’égoïsme, constatez qu’il y a de l’égoïsme.

Quand il y a de la générosité, constatez qu’il y a de la générosité.

Ne vous attribuez aucune vertu et aucun vice.

Vous êtes le Témoin.

Vis-à-vis du négatif, savoir constater au moment précis où cela se produit : « ceci est un phénomène d’avarice », « ceci est un phénomène de tristesse », « ceci est un phénomène de mauvaise humeur », « ceci est un phénomène d’énervement », « ceci est un phénomène de médisance », « ceci est un phénomène de mensonge », « ceci est un phénomène de vantardise », « ceci est un phénomène de lâcheté » ..., c’est le commencement de la liberté et de la purification.

L’observation impartiale et désidentifiée du négatif, lorsqu’elle est suffisamment répétée, détruit le négatif. Le négatif ne supporte pas la lumière d’une conscience intense. Voici ce que révèle l’expérience. Il faut connaître le négatif pour pouvoir le vaincre sans effort. Or, seule l’observation vigilante du négatif peut nous en donner une réelle connaissance.

A chaque instant, vous pouvez être distrait, concentré ou vigilant. Si vous êtes distrait, vous êtes perdu dans vos pensées, noyé dans le ronron de l’ego. C’est le sommeil spirituel. Si vous êtes concentré, une seule chose existe, l’objet sur lequel vous êtes concentré. Si vous êtes vigilant, votre attention est réceptive, ouverte, elle accepte tout ce qui vient. Parallèlement à cette attention au perçu, vous êtes centré en vous-même. Vous vous sentez en train de percevoir. Il faut absolument faire l’expérience de la distinction qui existe entre la concentration et la vigilance, pour travailler d’une manière correcte.

Asseyez-vous et écoutez un disque avec une attention concentrée. Cherchez à ne plus percevoir que la musique. Ensuite, écoutez un autre disque avec une attention vigilante. En ce cas, vous écoutez la musique, mais vous demeurez conscient de vous-même. Le corps est assis, il y a la musique, il y a l’ensemble de la pièce, il y a le silence de celui qui écoute. Comprenez la différence.

Si vous vous concentrez, vous faites un effort.

Tout ce qui est étranger à la musique vous dérange et vous vous oubliez vous-même. Si vous êtes vigilant, vous ne faites pas d’effort, vous êtes ouvert à tout, sans préférence, et vous êtes conscient de vous-même. Dans la vigilance, rien ne vous surprend et rien ne vous dérange.

Si, pendant que vous écoutez la musique, un enfant ouvre brutalement la porte et entre en criant, vous acceptez ce fait avec tranquillité ; cela fait partie du spectacle. Par contre, en état de concentration, vous sursautez et vous êtes contrarié ou agacé, dérangé dans votre audition de la musique.

Comprenez bien en quoi consiste la vigilance et, ensuite, cherchez à demeurer vigilant à chaque instant de votre vie. Toute la difficulté est là : demeurer vigilant à chaque instant ; car, nous ne parlons pas de façon allégorique, c’est à chaque instant qu’il faut être vigilant. Nous ne disons pas : « soyez vigilant à chaque instant » en espérant que chacun mettra un peu de vigilance dans sa vie.

N’est véritablement engagé sur le Sentier initiatique que celui qui a pour but effectif, et pour tentative quotidienne, le fait d’être vigilant à chaque instant. C’est une tâche énorme ! Et pourtant, cela mène au non-effort. Ne progresse dans la voie de la recherche constante de la vigilance ou de l’Éveil, que celui qui a compris que cette pratique était l’aboutissement concret de la totalité de sa démarche spirituelle et qui polarise toutes ses forces vive dans l’atteinte de ce but. Votre vie ne doit avoir qu’un objectif : être vigilant.

Tout le reste est secondaire.

Quels que soient les événements qui pourront survenir, que vous soyez bien portant ou malade, riche ou miséreux, qu’il y ait la guerre ou la paix, que vous soyez marié ou solitaire, que ceux que vous aimez soient vivants ou morts, vous ne devez avoir qu’un seul but « en toute circonstance, demeurer vigilant » On ne peut valablement faire ceci ou cela et en plus s’éveiller. Il faut d’abord, en priorité absolue, chercher à s’éveiller et, ensuite, accessoirement, faire ceci ou cela.
Pour vous réaliser spirituellement, il faut cultiver et obtenir une véritable obsession de l’Éveil.

L’obsession réside dans le désir d’être éveillé et dans le rappel de l’Éveil. C’est seulement lorsque vous serez obsédé par la nécessité de l’Éveil que, sans cesse, au cours de chaque journée, vous vous rappellerez « je dois être vigilant ».

Cependant, et c’est là où cette obsession se distingue radicalement des obsessions pathologiques que connaît la psychologie, chaque fois que vous vous rappellerez la nécessité de l’Éveil, vous ne cultiverez pas une pensée au sujet de l’Éveil, mais vous instaurerez un état de vigilance.

Dans cet état, toute obsession mentale cesse. Aucune pensée particulière n’est cultivée, puisqu’il s’agit d’une attention à ce qui se manifeste spontanément. L’obsession est donc requise pour se rappeler l’Éveil ; c’est elle qui, sans cesse, vous ramènera à l’Éveil. Mais, dès qu’elle vous a rappelé l’Éveil, ce qui ne dure qu’un instant, elle s’estompe pour faire place à la vigilance.

Dans cette recherche ardente, constante et obsessionnelle de l’Éveil, qui est une condition indispensable à la Réalisation, un obstacle peut surgir : vous pouvez cultiver une vigilance artificielle qui soit le fruit d’un effort. Aussi, n’oubliez jamais ce critère fondamental : la véritable vigilance s’accompagne d’une détente physique et mentale.

Si le fait de vous éveiller vous demande un effort, une crispation, une tension, si cela engendre une fatigue, une pesanteur, vous n’êtes pas en Éveil. La détente physique et mentale, la joie, le dynamisme, la légèreté intérieure sont les premiers signes de l’Éveil. Observez-vous. Bannissez tout effort, toute tension physique ou mentale ; soyez ouvert, alerte, détendu, heureux.

Ne brimez pas l’homme.

Laissez-le agir, penser et s’exprimer librement.

Ne cultivez pas une attitude artificielle.

Contentez-vous d’observer avec vigilance ce qui se passe.

Sans cesse, vous serez oublieux de la vigilance et, sans cesse, il faudra vous la rappeler.

Le seul effort à faire se situe dans le rappel. Et encore, ce n’est pas vraiment un effort, c’est plutôt le fait d’être totalement imprégné de la nécessité de la vigilance. Dès que la vigilance s’installe, c’est le non-effort, le non-agir intérieur. Détendez votre corps, détendez votre esprit. La vie est belle pour qui sait voir. Lâchez prise. Abandonnez le fardeau de vos tensions internes.

Qu’importe ce qui arrivera !

Quoique ce soit, ce sera le bienvenu.

Abandonnez tous les soucis.

Vous n’avez pas de destin, vous êtes hors du temps.

Vous êtes le spectateur immobile et silencieux.

Vous êtes libre.

Quand vous n’êtes pas en Éveil, constatez « Je ne suis pas en Éveil » et observez votre état de non-éveil. Ne vous révoltez pas, ne vous désespérez pas.

Ce serait une tension qui vous éloignerait de la vigilance.

Acceptez ce qui EST. Il y a absence d’Éveil, regardez avec vigilance en quoi consiste cette absence d’Éveil.

Comprenez la nature de ce qui vous a éloigné de l’Éveil.

Demeurez vigilant et attentif vis-à-vis du non-éveil. En faisant cela, le non-éveil cesse d’être un sommeil et se transforme en Éveil. Dès à présent, instaurez en vous la vigilance : vous êtes assis, soyez conscient d’être assis.

Soyez conscient des pensées qui surgissent. Soyez conscient des sons. Soyez conscient de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Soyez conscient de vous-même. Ne cherchez pas à saisir simultanément le maximum de choses et de perceptions. Cela aussi serait une tension et un effort.

Laissez naturellement venir à vous les perceptions internes ou externes.

Voici une pensée et, ensuite, voici un son.

Puis, voici une sensation.

Tout cela défile devant moi qui suis le spectateur.

Il y a un flot de phénomènes qui coule tranquillement devant moi. Je me lève, d’autres phénomènes surgissent. Je change de pièce, d’autres phénomènes apparaissent. Je vais au travail, d’autres phénomènes se manifestent. Je parle, d’autres phénomènes s’imposent. Et, pendant ce temps là, hors du temps, je suis le spectateur, le je qui agit n’est qu’un reflet de moi-même miroitant dans les phénomènes tandis que « Je » demeure en ma transcendance inactive.

Tout le secret réside dans l’abolition des préférences. La préférence est la racine du désir, la racine de l’ego, la racine de la servitude. Être attentif et vigilant quand la jouissance se manifeste, ne pas s’accrocher à elle, ne pas la repousser. Être attentif et vigilant quand la souffrance se manifeste, ne pas la désirer, ne pas la repousser.

Ne pas préférer la jouissance à la souffrance ou la souffrance à la jouissance.

Instaurez dans les deux la même vigilance.

Par cette vigilance, vous devenez le spectateur éternel.

Agir ainsi vis-à-vis de tous les couples contraires : la joie et la tristesse, la réussite et l’échec, la fatigue et l’énergie, la rencontre et la séparation, etc.

En toute chose, maintenez l’identique vigilance et vous serez libre.

L’homme doit continuer à vivre normalement. Il cherche à éviter la souffrance, c’est normal. Il travaille en essayant de réussir, c’est naturel. Mais cela ne vous concerne pas. Ce n’est que le spectacle que vous regardez avec impartialité. La seule chose qui compte, c’est d’être vigilant vis-à-vis des agissements de l’homme, vis-à-vis de ses réactions aux circonstances et vis-à-vis des événements.

Plus vous serez attentif, plus vous saurez que vous n’êtes pas concerné par tout cela.

A chaque instant, vous demeurez dans votre éternité silencieuse et bienheureuse.

Il n’y a rien d’autre à ajouter.

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